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En 1976, il y a bien 50 ans de cela. La famille d’Irène Caron et de Nérée Michaud, ma mère et mon père, et la plupart de leurs 15 enfants, nous vivions notre premier «picnic» familial. Sur la terre de mon père, dans un ancien champ de patates, sur notre terre du sorouais. Une décision prise un an à l’avance. Plusieurs enfants et leur famille demeuraient encore dans l’environnement du Bas-du-Fleuve, mais plusieurs étaient déjà partis au large.

Dans ce premier « picnic », la plupart des participants ont couché sous la tente, par beau temps, heureusement. L’appareillage était sommaire. Personne n’avait fait de scoutisme, mais la vie à la campagne et l’école de la campagne nous avaient habitués à la nature.

Sur le terrain, il y avait une « digue » de roches sur laquelle poussaient de grands arbres. Pour les repas, nous avons fait un trou dans les roches pour y allumer un bon feu. Une grille de métal soutenait les chaudrons. Les menus des femmes et des hommes (une journée pour les femmes et une pour les hommes)  (même chose pour la vaisselle) dégageaient toujours une saveur proprement familiale, et maternelle. La saveur et l’abondance étaient toujours des principes premiers.

Dès le départ aussi, à la fin des activités, un encan pour les restes assurait de l’argent pour le départ de l’année suivante. Et le gaspillage était banni. La générosité de certains était particulièrement remarquable, avec des encanteurs qui favorisaient des relances surprenantes. Et qui faisaient partie du spectacle. D’année en année, l’équipement se diversifiait et s’accumulait. Nous étions très soucieux d’une justice particulièrement équitable.

Un de mes frères avait monté une toilette publique rudimentaire et avait affiché son nom : KASOULAGE. Le sens du terme prête à interprétation, mais l’humour et les bons tours faisaient aussi partie du spectacle.

Les sports faisaient aussi fortement partie de notre culture. À peu près tous les sports, pas seulement les cartes et les jeux de société qui rassemblaient toujours plusieurs amateurs. Surtout, quand un terrain même rudimentaire le permettait : de la balle-molle, l’avant-midi, l’après-midi et le soir. Du ballon-volant, à peu près tout le temps. Toutes sortes de jeux loufoques, selon l’imagination et les articles parfois bizarres qui nous tombaient sous la main.

Nous avions, et nous avons encore dans la famille plusieurs joueurs de baseball de bon calibre. Qui stimulaient la compétition parmi nous et dans plusieurs équipes ou tournois. Lors du dernier «picnic », dont nous sommes sortis hier, un tournoi de jeux d’anneaux a regroupé au moins une cinquantaine de participants. Avec le reste du monde comme spectateurs. On note peu ou pas de différence de participation entre les hommes et les femmes, les jeunes et les moins jeunes.

Tout le cœur de ce beau monde battait et bat encore au même rythme : pour la nourriture et la vaisselle ainsi qu’une multitude d’autres corvées, essentielles ou occasionnelles. La plupart ont développé un fort penchant pour l’entraide. L’esprit d’entreprise fleurit.

Je suis l’aîné de la famille de Nérée et d’Irène et j’ai bientôt 91 ans. Pendant la fin de semaine que nous venons de passer, nous étions quelque 120 descendants à fêter le cinquantième anniversaire de ce ‘picnic’. Certains de nos proches n’étaient pas présents avec nous : pour des raisons diverses. L’âge, la santé, la distance, ou d’autres raisons que nous n’avons pas à juger. Le nombre complet de notre descendance serait actuellement d’au moins 135.

Pendant la soirée de fermeture que tous ont trouvée géniale, nous avons pu visionner sur grand écran un film avec de l’animation et des chants d’une pertinence souvent à couper le souffle. Sur chacun des quinze membres de la famille. Même sur ceux qui sont décédés.

La température ne nous a pas aidés beaucoup. Mais, ces trois jours que nous avons passés ensemble, nous les avons vécus dans l’amitié, dans la FIERTÉ. Fierté de notre résilience, de la qualité de notre organisation, fierté du renouvellement des générations, fierté du respect entretenu par les organisateurs.

Spécialement Haris et Manon. Et notre soprano au grand cœur. Avec sa belle voix. Merci.

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